🇨🇴 Colombie. Un mois avant le changement de gouvernement (revue de presse)
Alors que le candidat d’ultra-droite Abelardo De la Espriella s’est imposé à l’élection présidentielle avec la plus faible marge de ces dernières décennies, son adversaire Iván Cepeda exige qu’il se démarque clairement des États-Unis avant de reconnaître sa légitimité. Le président sortant, Gustavo Petro, a quant à lui appeler à des manifestations le 20 juillet, jour de son dernier discours. Le Pacto histórico, la large coalition qui a porté Petro au pouvoir en 2022, demeure la force politique la mieux organisée du pays. Iván Cepeda a confirmé qu’il dirigerait l’opposition, où il aura pour mission de maintenir l’unité de la gauche et d’entraver la mise en œuvre du programme de De la Espriella. Si le président élu tente de mettre en œuvre son programme extrémiste de coupes sociales, de militarisation et d’extractivisme débridé malgré sa légitimité électorale et sociale limitée, il se heurtera à une résistance ferme. Revue de presse
Colombie. Abelardo de la Espriella devra faire face à une ferme résistance (Resumen latinoamericano / Traduction Cocomagnaville)
La victoire du leader de Defensores de la Patria – un mouvement qu’il a lui-même créé pour le cycle électoral actuel – est une nouvelle désastreuse pour la Colombie, car De la Espriella menace d’annuler les avancées sociales du gouvernement de Gustavo Petro (2022-2026) et de relancer une stratégie militariste susceptible d’aggraver le conflit armé interne dont le pays souffre depuis des décennies.

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D’un point de vue régional, l’accession de De la Espriella à la présidence renforce l’emprise de Donald Trump sur l’Amérique latine. Le candidat d’extrême droite a fait allégeance à Washington et a reçu le soutien affiché de Trump et d’autres présidents d’extrême droite de la région, comme l’Argentin Javier Milei et l’Équatorien Daniel Noboa. Le Brésil et le Mexique sont désormais les seuls grands pays de la région encore gouvernés par la gauche, et le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva fait face à des élections incertaines en octobre.
La Colombie a traditionnellement constitué une base essentielle pour projeter la domination américaine sur sa « zone d’influence » : c’est le pays qui abrite la plus importante présence militaire américaine (sous prétexte de lutte contre la drogue) et, jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Gustavo Petro, elle était un allié si fidèle qu’on la surnommait parfois « l’Israël de l’Amérique latine ». De fait, De la Espriella a cité Benjamin Netanyahu comme source d’inspiration.
Avec le redressement de la Colombie, Trump se rapproche de la réalisation de sa « doctrine Donroe », telle qu’exprimée dans la stratégie de sécurité nationale de 2025, avec un hémisphère occidental soumis à ses desseins géopolitiques et commerciaux.
Un pays divisé
Les résultats de l’élection présidentielle colombienne témoignent de l’extrême polarisation politique du pays. Au premier tour, les partis centristes ont recueilli ensemble 5 % des suffrages, et la candidate conservatrice Paloma Valencia a obtenu moins de 7 % (un score nettement inférieur aux 24 % réalisés par le centriste Sergio Fajardo lors de l’élection de 2022). Cette fois-ci, la majorité des électeurs s’est ralliée à deux candidats aux programmes diamétralement opposés. Pour une partie de la population, Cepeda est un communiste dangereux et un proche des guérilleros. Pour une autre, De la Espriella est un fasciste et un allié des paramilitaires, qui, à l’instar de Nayib Bukele au Salvador, mettra fin à la démocratie en Colombie.
La participation électorale aux deux tours a été très élevée pour la Colombie : 58 % au premier tour, le 31 mai, et près de 64 % au second. Les bases électorales de chaque candidat ayant déjà voté, les deux partis se sont concentrés, dans les dernières semaines précédant le second tour, sur le recrutement des électeurs ayant soutenu des candidats centristes. L’ancienne maire de Bogotá, Claudia López, connue pour son instabilité politique et son adaptabilité, a attendu les derniers jours pour apporter son soutien au candidat du Pacte historique, Cepeda, ce qui a limité la portée de son ralliement. Quant au candidat centriste de la Troisième Voie, Sergio Fajardo, il n’a apporté son soutien à aucun des deux candidats.
À l’inverse, Paloma Valencia, représentante de la droite dirigée par Uribe (héritière de l’ancien président Álvaro Uribe), a immédiatement apporté son soutien à De la Espriella, ce qui n’est pas surprenant étant donné que le candidat d’extrême droite s’inspire ouvertement de la stratégie militariste d’Uribe contre les guérillas et les groupes armés, qui a causé des milliers de morts parmi les civils au début des années 2000. (…)
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En Colombie, le président Gustavo Petro annonce qu’il fera son discours d’adieu le 20 juillet, jour de la fête nationale, et appelle à des manifestations (Le Monde / AFP)
Le président de gauche est censé transmettre le pouvoir à son successeur d’extrême droite, Abelardo de la Espriella, le 7 août. L’homme d’affaires soutenu par Donald Trump a battu de justesse, lors de la présidentielle, fin juin, le candidat de gauche Ivan Cepeda.

Le président colombien sortant, Gustavo Petro, a annoncé, dimanche 5 juillet, qu’il ferait ses adieux lors de la fête nationale, le 20 juillet, et non lors de la prise de fonctions de son successeur d’extrême droite, Abelardo de la Espriella, le 7 août. Le chef d’Etat de gauche a appelé à des manifestations dans tout le pays le 20 juillet. « Je vous invite, ce 20 juillet, à vous joindre aux forces de l’ordre et, après leur défilé, à écouter mes adieux en tant que chef de l’Etat colombien », a écrit M. Petro sur X. « Nous ne le ferons ni le 6 ni le 7 août, car ce sont des dates tragiques. Nous le ferons le 20 juillet sur toutes les places publiques de Colombie », a-t-il encore écrit, appelant à une « mobilisation générale pour réclamer l’indépendance et le maintien des réformes sociales ». (…)
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Colombie : face à l’extrême droite, Gustavo Petro avance son discours d’adieu et Iván Cepeda appelle à la désobéissance civile et pacifique (Luis Reygada / L’Humanité)
Le chef d’État sortant de la Colombie, Gustavo Petro, ne légitimera pas l’extrême droite. Le président de gauche a annoncé, dimanche 5 juillet, qu’il prononcera son discours d’adieu dès lundi 20 juillet et non le 7 août, une « date tragique » qui correspond à la prise de fonction de son successeur, Abelardo De la Espriella. Gustavo Petro en a profité pour appeler la population à une « mobilisation générale pour réclamer l’indépendance et le maintien des réformes sociales ».

Suite au second tour de l’élection présidentielle qui l’opposait le 21 juin dernier à Abelardo De la Espriella, Ivan Cepeda a quant à lui bel et bien reconnu sa défaite. Face au candidat d’extrême droite, l’ancien défenseur des Droits humains et actuellement sénateur du Pacte historique accepte s’être incliné – avec moins d’un point d’écart (48.7 % des suffrages). Mais c’est une question de légalité qui le pousse, depuis mardi, à conditionner sa reconnaissance d’une éventuelle prise de fonction de De la Espriella.
Alors que le président-élu, hier encore considéré comme un outsider, doit assumer sa nouvelle fonction le 7 août prochain, Iván Cepeda a appelé – dans un long document publié sur Twitter et accompagné d’une colonelle conférence de presse – à la désobéissance civile et pacifique si son adversaire ne clarifie pas sa subordination présumée aux États-Unis.
Une situation de sujétion vis-à-vis des lois nord-américaines
Selon Cepeda, qui s’appuie notamment sur la Constitution de son pays, la condition de détenteur de la double nationalité colombienne et états-unienne de De la Espriella mettrait « en péril la souveraineté nationale ». En effet, la possession du passeport arborant le pygargue à tête blanche placerait le prochain président colombien dans une situation de sujétion vis-à-vis des lois nord-américaines.
Ce qui vient s’ajouter à une allégeance déjà quasiment acceptée par Abelardo De la Espriella, qui a ouvertement reconnu le soutien prêté par le président Donald Trump pour le hisser au pouvoir – ce que le républicain a aussi certifié de son côté. Alors que le programme du président élu s’aligne parfaitement avec les intérêts géostratégiques de Washington (et d’Israël), Iván Cepeda exige de lui non seulement qu’il renonce à sa nationalité américaine, mais aussi qu’il clarifie ses liens avec les agences de renseignement de ce pays, telles que la DEA ou la CIA.
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Pour rappel, voir :
– Colombie : ce qui vient avec le virage à l’extrême droite (Frédéric Thomas / CETRI)
– Comment faire la paix en Colombie après l’élection du président d’extrême droite, Abelardo de la Espriella? (entretien avec Frédéric Louault par Christophe Drevet / RFI)
– Colombie : l’extrême-droite gagne encore en Amérique latine (Le souffle de l’info / vidéo de Blast)
– Abelardo de la Espriella, président de Colombie : « défenseur de la Patrie », Oncle Picsou et Uncle Sam (Jean-Jacques Kourliandsky / Nouveaux espaces latinos)
– Colombie : le récit d’une élection volée (analyse de Jean-Marc Adolphe / Les Humanités)
– Colombie : victoire de l’extrême droite à l’élection présidentielle (revue de presse)

